Fondée en 2009 par Karen et Naji Fatté, Furniture Line, compagnie spécialisée dans le mobilier design avec, dans son portefeuille, Natuzzi Italia et Calligaris, deux grandes enseignes italiennes, vient de s’offrir un nouveau flagship store au centre-ville de Beyrouth, pour accueillir Bonaldo et Alf DaFre, deux géants du meuble italien. A cette occasion, naji Fatté a dévoilé à Harmonies les raisons à l’origine de cette démarche, décryptant au passage les défis qu’affronte le marché local, plus exactement l’industrie du meuble au Liban.

Vous avez récemment ajouté deux nouvelles marques de meubles à votre portefeuille en ouvrant, au centre-ville, un showroom pour Bonaldo et Alf DaFre, en dépit de la conjoncture économique difficile que traverse le pays. Dans quel cadre s’inscrit cette démarche?

C’est un projet déjà planifié depuis quelques années. Quand le magasin fut acquis, le bâtiment était toujours en construction et, par conséquent, la livraison a tardé. Conçu en 2017 par l’architecte italien de renommée Mauro Lipparini, il a fallu près d’un an pour exécuter le showroom, tellement les détails et la conception étaient compliqués. Réalisé par un groupe d’entrepreneurs libanais et italiens, le résultat est magnifique. Pour ce qui est de la conjoncture économique, cela fait près de 30 ans, depuis la fin de la guerre, que nous passons par des crises politiques et économiques. Toutefois, et comme la plupart des entrepreneurs libanais, nous n’avons jamais arrêté de croire en ce pays et d’y investir. Passer par une période difficile n’affectera pas nos plans d’expansion à moyen ou à long terme ; sinon, chacun restera chez lui en attendant des jours meilleurs.


Quels sont les points forts et les caractéristiques de ces deux nouveautés?

Les deux marques sont plus ou moins complémentaires. Le point fort de Bonaldo, ce sont les salles à manger, les meubles d’appui et les salons très design et modulaires, tandis qu’Alf DaFre se distingue par les chambres à coucher, les armoires, les bibliothèques et les cuisines. Classées au même niveau sur le marché, les deux maisons ciblent la même clientèle avec un très bon rapport qualité-prix.


Quelle clientèle ciblez-vous sur le marché libanais?

La clientèle libanaise est la plus sophistiquée du Moyen-Orient. Elle est exigeante, a beaucoup de goût et cherche le beau et le design pour meubler sa maison. Et c’est notamment ce genre de clients qui nous intéresse. Nous essayons de lui offrir le meilleur rapport qualité-prix sur le marché.


Quel est l’enjeu du design pour l’industrie du meuble?

Le design est le facteur clé de l’industrie du meuble. Il faut être tout le temps à jour des dernières tendances et suivre de très près par exemple l’industrie de la mode, énorme inspiration pour les couleurs et les moodboards. S’ajoutent les changements dans les habitudes et les modes de vie, qui auront naturellement un impact sur le design.


Qu’est-ce qui vous distingue des autres enseignes opérant sur un marché réputé être fortement concurrentiel?

Avec tout le respect pour les autres enseignes qui représentent des marques internationales très réputées, notre force réside dans notre capacité à travailler dans plusieurs différents espaces, styles et modes de vie avec la même approche globale et l’attention à chaque détail et exigence. La fabrication sur commande (sur mesure), le grand choix de modèles, de finitions et de tailles avec un rapport qualité-prix exceptionnel seront des facteurs considérables au succès de nos marques sur le marché libanais et ses exigences. De plus, nous accordons une grande attention à notre service clientèle, et sans aucun compromis, ce qui est un facteur clé dans le succès de toute entreprise, surtout dans le secteur de l’ameublement.


Les modes de vie changent. Les attentes en matière de mobilier aussi. Comment affrontez-vous ces mutations?

Il faut toujours être sensible aux changements dans les modes de vie et les tendances. Normalement, toute transformation et toute anticipation se reflètent et se dévoilent dans les différents salons de l’ameublement à travers le monde, grâce auxquels il est possible d’affronter et d’anticiper ces permutations. Etant le plus important, le Salone del Mobile à Milan est à ne rater sous aucun prétexte, car c’est là où tout se dessine: nouvelles tendances, couleurs, design avant-gardiste, etc.


Quels sont, selon vous, en tant que commerçant, le ou les grands défis auxquels doit faire face le secteur de l’ameublement au Liban?

Comme dans tous les secteurs économiques au Liban, l’un des plus grands défis est toujours l’instabilité politique et économique. Malheureusement, un nouveau défi se présente cette année face au secteur de l’ameublement, cette fois venant du gouvernement. Il s’agit d’introduire une nouvelle taxe de 15 % en plus de celle déjà ajoutée de 3 %, justifiant une protection de l’industrie locale qui, à mon avis, n’est pas en compétition avec le produit importé au niveau du style et de la qualité. Pourquoi l’ameublement en particulier? Aucune idée, surtout que d’autres industries, plus importantes au niveau local, n’ont pas été touchées par les taxes.


Comment évaluez-vous l’évolution de ce marché?

Durant les dix dernières années, il y a eu beaucoup de nouvelles enseignes au Liban, notamment européennes. Ceci est dû au boom immobilier qui a eu lieu de 2008 à 2012. Ce n’est désormais plus le cas. Le secteur immobilier est entré dans une phase de contraction, ce qui s’est répercuté négativement sur le marché de l’ameublement, devenu alors difficile, restreint et très compétitif. Il est donc impératif de miser sur une plus grande part du marché et de bien faire les choses, sans aucun compromis sur l’emplacement et la présentation du magasin, le service clientèle et le bon produit.


Quelles seraient les politiques que les autorités libanaises devraient adopter pour relancer cette industrie sur le plan local et permettre aux acteurs du secteur d’investir davantage dans la création et l’innovation?

Au lieu d’introduire de nouvelles taxes sur les produits importés, il faut réduire les coûts de production interne au niveau de l’infrastructure et organiser l’industrie locale, car il existe de très bons artisans et créateurs libanais. De plus, s’il faut bien relancer l’industrie du pays, il faut être sûr que la main-d’œuvre soit libanaise, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, et les mesures protectrices deviennent stériles.


Quelle est votre stratégie de développement future au Liban et dans la région?

Furniture Line est présente, depuis plus de vingt ans, dans la région en tant qu’agent de marques d’ameublement. Le Liban y est l’un des meilleurs marchés pour les meubles design et européens. Tout ce qu’il lui manque, c’est une stabilité économique et politique, en plus d’une vision claire de ses dirigeants. Il reste beaucoup à faire et le marché présente plein d’opportunités dans un pays qui a un grand potentiel.