Huitième lauréat japonais à être honoré par un Pritzker, Arata Isozaki est l’un des premiers architectes nippons à s’être tournés vers l’Occident. A 87 ans, célèbre pour son attachement au Ma – concept japonais qui correspond à un sens humain de l’espace et à la perception de cet espace comme séparant deux objets –, il s’est vu remettre cette distinction au cours d’une cérémonie au Château de Versailles, à Paris. Né le 23 juillet 1931, à Oita, une ville du sud du Japon, sur l’île subtropicale de Kyushu, Arata est architecte, urbaniste, designer et théoricien. Formé à la faculté d’Ingénierie de l’Université de Tokyo, il défie, en soixante ans de carrière, les catégorisations stylistiques et concilie les contrastes entre les codes esthétiques du traditionalisme japonais et de la culture américaine, amenée sur sa terre d’origine durant la période d’après-guerre. L’essentiel de son œuvre reflète d’ailleurs son intérêt pour la diversité et le mélange de cultures. En effet, très tôt, sa vie est marquée par les dévastations de la Seconde Guerre mondiale. «Quand j’ai eu l’âge de commencer à comprendre le monde, ma ville natale a été incendiée, tout n’était que ruine, et il n’y avait aucune architecture, pas de bâtiments ni même de ville, explique-t-il. Ma première expérience en architecture a été le vide d’architecture. J’ai commencé à réfléchir à la manière dont les gens pourraient reconstruire leurs maisons et leurs villes.» Cosmopolite, toujours soucieux d’intégrer ses architectures aux lieux de ses réalisations, ce natif du pays du Soleil Levant entame son parcours par un apprentissage sous la direction de Kenzo Tange, devenu son mentor. En 1963, il fonde sa propre agence, Arata Isozaki & Associates. Depuis, il conçoit près d’une centaine de projets dispersés sur quatre continents, renouvelant constamment ses solutions constructives. Adepte des formes géométriques simples, il est surtout reconnu pour exceller dans l’art des jeux d’ombre et de lumière. Marqué à la fois par l’Orient et l’Occident, à travers différents courants, du mouvement métaboliste des années 60 au postmodernisme des années 80, il signe plusieurs bâtiments comme, entre autres, le siège administratif du Walt Disney World Resort en Floride, le Museum of Contemporary Art de Los Angeles, le National Convention Center au Qatar, le Kitakyushu City Central Library au Japon et le Palais Saint-Jordi, à Barcelone, construit à l’occasion des Jeux olympiques de 1992. Récipiendaire de multiples distinctions, dont le prix annuel de l’Institut d’architecture du Japon, la Médaille d’or Riba pour l’architecture au Royaume-Uni, le prix d’excellence Lorenzo il Magnifico à la Biennale de Florence, Arata Isozaki est également auteur de plusieurs écrits critiques.