Roberto Minotti: 

«Notre style est discernable et ses identités inédites» 


Cette année marque le 70e anniversaire de la fameuse marque italienne de mobilier Minotti. A cette occasion, la famille Minotti lance sa nouvelle collection dans sa boutique éponyme à Beyrouth, les éditions spéciales Albert&Ile, ainsi que son documentaire “Minotti undiscovered. A matter of style”. Harmonies a rencontré Roberto Minotti, CEO de la marque.


Minotti est une affaire de famille, déjà dans sa 3e génération. Pourquoi avez-vous décidé de garder votre statut parental à travers les ans? Et quels seraient les nouveaux défis auxquels seraient confrontés les plus jeunes dans l’entreprise?

Notre père fonde Minotti en 1948. Et dès notre plus jeune âge, nous avons observé attentivement sa gestion de la vie. Nous avons appris en le regardant exceller dans son élément, puisque, depuis toujours, nous l’avons accompagné au travail, où nous avons saisi la logique derrière le bon fonctionnement de la compagnie. Plus tard, quand nous avons grandi, Renato et moi avons joint l’entreprise et débuté notre aventure. C’est notre vie et notre passion. Pour cela, nous avons choisi de continuer l’histoire familiale dans les pas de notre père, toujours avec un groupe fort pouvant faire face aux défis du futur. Quant aux défis de la 3e génération, je dirais qu’ils en ont certaines choses plus faciles et d’autres plus difficiles ; faciles au niveau de la structure déjà bien dressée de l’entreprise, et difficiles au niveau de l’innovation et des nouvelles idées à découvrir et à lancer.

Décrivez-nous l’évolution du style et de l’expérience de la marque?

Cette année est très spéciale, puisqu’elle marque le 70e anniversaire de Minotti et la 20e année de Rodolfo Dordoni à la compagnie. Nous avons décidé de célébrer cette étape importante et ce parcours en introduisant de nouveaux créateurs comme Marcio Kogan, Christophe Delcourt ou Nendo, que nous connaissions depuis un certain temps. C’est le moment idéal pour entamer ces collaborations, puisqu’après 20 ans avec Dordoni, l’identité de Minotti est bel et bien solide, claire et bien définie. De nos jours, le style Minotti est directement discernable, grâce à la consistance du travail et de la coopération continue avec Rodolfo. La maturité de cette relation a permis, enfin, d’établir des identités inédites et multiculturelles. Ces designers ont été invités à créer leur propre interprétation de notre style, tout en imprégnant leurs projets de leur créativité et leur esprit. 

A propos de votre dernière collection, comment avez-vous choisi cette équipe multiculturelle? 

Nous voulions introduire des personnes avec une certaine force, une flamme intérieure. Marcio Kogan est, par exemple, une personne solide et un architecte bien enraciné. Nous l’avons connu depuis plus de 5 ans et plaisanté, à maintes reprises, à propos d’une collaboration, jusqu’au jour où elle s’est réalisée, et nous lui avons proposé d’imaginer un mobilier pour l’extérieur, toujours avec ces grandes lignes architecturales. Quadrado en est le fruit. C’est une interprétation rationnelle, claire, fine et épurée. 

Avec la collection 2018, et à l’occasion des 70 ans, vous avez revisité et lancé des classiques des années 60, originellement conçus par Gigi Radice, une édition limitée faisant hommage à vos parents, Albert et Ile. Comment avez-vous eu cette idée?

Pour cette année 2018, nous nous sommes retournés sur notre histoire. Nous avons surtout pensé à notre père, décédé tôt, et comment lui rendre hommage. Nous sommes tombés, par hasard, sur ces pièces classiques des années 60, en cherchant le nom de la marque sur le Web. Nous avons ainsi découvert que ces œuvres définissaient déjà Minotti, sans que nous le sachions, et c’est pourquoi nous avons décidé de les réinterpréter, en termes de proportion et de technologie, et de les relancer en édition spéciale.  

Vous avez célébré vos 70 ans dans toutes les capitales du design du monde. Pourquoi était-il important de le faire à Beyrouth, sachant que c’est votre seule boutique éponyme du Moyen-Orient?

Cette occasion est doublement importante, puisque nous lançons, pour la première fois, autre que la collection 2018, le documentaire de Minotti, traduisant l’histoire, le processus de créativité, les coulisses de travail, ainsi que la passion qui émane de tous ceux qui font partie de l’équipe. De plus, ce qui rend notre visite intime, c’est cette relation particulière avec les propriétaires de la boutique Minotti à Beyrouth, la famille Martinos, avec qui nous sommes à la même longueur d’onde. En général, la mentalité italienne, fondée sur les liens familiaux, ressemble beaucoup aux valeurs libanaises.