Si Balkrishna Doshi reçoit aujourd’hui le prix d’architecture Pritzker 2018, ce n’est pas par hasard. Architecte, urbaniste et éducateur depuis plus de 70 ans, il a contribué à façonner le discours du secteur en Inde et à l’étranger. Influencé par les maîtres du XXe siècle, Charles-Edouard Jeanneret, dit Le Corbusier, et Louis Kahn, Doshi a interprété leur art et l’a transformé en ouvrages construits respectant la culture orientale, tout en améliorant la qualité de vie dans son pays. Son approche éthique et personnelle a touché les vies de toutes les classes socioéconomiques, à travers un large éventail de genres depuis les années 50. Son travail explore les relations entre les besoins fondamentaux de la vie humaine, la connectivité à soi et aux autres ainsi que la compréhension des traditions sociales, dans le contexte d’un lieu et de son environnement. Balkrishna est né à Pune, en Inde, le 26 août 1927, dans une famille hindoue impliquée dans l’industrie du meuble depuis deux générations. Affichant une aptitude à l’art et une compréhension des proportions dès son jeune âge, il commence ses études en 1947, l’année de l’indépendance de l’Inde, au Sir J.J. Ecole d’architecture de Bombay (Mumbai), la plus ancienne et l’une des principales institutions de ce secteur à New Delhi. Son ambition le guide à de nombreux moments décisifs dans sa vie: il embarque pour Londres, où il rejoint l’Institut royal des architectes britanniques, puis s’installe à Paris – malgré son inaptitude à parler français – pour travailler avec Le Corbusier à la reconstruction de son pays natal, où il retourne en 1954. En 1956, il embauche deux designers et fonde sa propre pratique, Vastushilpa Consultants, qui grandit pour regrouper, plus tard, 5 associés et 60 employés, accomplissant plus de 100 projets depuis sa création. C’est ainsi que, infusé de leçons d’experts occidentaux avant lui, Doshi forge sa vision artistique avec une profonde révérence pour la vie, l’esprit oriental et les forces de la nature, créant une conception personnelle, mêlée de vues, de sons et d’images de son passé. A côté d’un profond respect pour l’histoire et la civilisation indiennes, des éléments de sa jeunesse – des souvenirs de sanctuaires, la sonnerie des cloches des temples et les bruits des rues animées, les parfums de laque et de bois de l’atelier de meubles de son grand-père – trouvent leur place dans son œuvre et éclairent ses créations. Pour lui, l’architecture est une extension du corps, qui transparaît dans le choix des matériaux et l’utilisation d’éléments naturels harmonieux.